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La tour à flux de nouveau opérationnelle : la forêt de Montiers-sur-Saulx retrouve son « souffle »

En délicatesse depuis plusieurs années, la tour à flux de Montiers-sur-Saulx a bénéficié d’une révision complète avant Noël 2025. Objectif : réussir à garantir la qualité des données produites en intégrant à partir de 2027 un réseau de recherche européen dédié à l’observation des gaz à effet de serre.

La tour à flux de l'OPE, dominant la forêt de Montiers-sur-Saulx, est de nouveau en état de marche.

C’est un signal fort pour la recherche environnementale dans la Meuse et la Haute-Marne. Après plusieurs années de silence technique, la tour à flux de Montiers-sur-Saulx, véritable sentinelle de l’état de santé de la forêt gérée par l’Observatoire pérenne de l’environnement (OPE), est de nouveau en service depuis la fin de l’année 2025. Un redémarrage crucial pour mieux comprendre comment les forêts « respirent » face au changement climatique.

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Un défi technique et humain

Mesurer les échanges gazeux entre une forêt et l’atmosphère ne s’improvise pas. Dominant la canopée, la tour de Montiers-sur-Saulx est équipée d’instruments de pointe capables d’analyser, toutes les 30 secondes, les flux turbulents d’air, la concentration de CO ou encore la vapeur deau.

La tour à flux, qui domine la canopée, est richement instrumentée.

Pourtant, ce fleuron technologique a failli s’éteindre. « C’est un équipement très complexe qui demande une maintenance constante », explique le responsable des sites instrumentés en forêt de l’OPE. Faute de compétences spécifiques en interne, la tour s’est peu à peu dégradée, rendant l’acquisition de données intermittente... voire inexistante.

Une opération de la dernière chance

Le redémarrage découle d’un partenariat décisif avec Sembiose, une jeune entreprise spécialisée fondée par un scientifique fin connaisseur de ces équipements. Après quelques semaines de diagnostics et d’ajustements techniques, notamment électriques et logiciels, le dispositif a pu être relancé juste avant Noël dernier. Pour l’OPE, cette collaboration marque une étape clé dans la sauvegarde de cet outil emblématique. 

La remise en fonctionnement ne constitue qu’une première étape. L’enjeu principal réside désormais dans la capacité à pérenniser l’équipement pour suivre dans le temps l’état de santé de la forêt. Pour garantir des séries de données robustes, il faut assurer une maintenance régulière, de l’ordre d’une intervention tous les trois mois, en plus des réparations ponctuelles si nécessaire. « À vrai dire, c’est un peu l’opération de la dernière chance. Si cela ne fonctionne pas, on va devoir mettre un terme à ce suivi », précise le scientifique. 

2026, l’année de vérité

L’objectif pour 2026 est clair : enregistrer une saison complète de végétation, du redémarrage printanier jusqu’à la sénescence automnale (la chute des feuilles). Ce rythme de croisière est indispensable pour viser dès 2027 la labellisation ICOS (voir encadré), un réseau européen de référence permettant de comparer les données de la forêt Montiers-sur-Saulx avec celles d’autres écosystèmes à l’échelle du continent.

Le site se révèle d’autant plus précieux qu’il est jugé exceptionnel par les chercheurs. Outre la tour à flux, il accueille des stations de suivi des cycles biogéochimiques et des dispositifs expérimentaux simulant la sécheresse. Cette concentration d’équipements fait de Montiers-sur-Saulx un véritable laboratoire à ciel ouvert, essentiel pour anticiper l’avenir des forêts face au réchauffement climatique, aux incendies et aux nouvelles pressions sanitaires.

Haute d'une bonne quarantaine de mètres, la tour à flux de la forêt de Montiers-sur-Saulx est considérée comme un équipement de pointe.

De l’utilité d’une tour à flux

Une tour à flux permet d’analyser en continu les échanges de dioxyde de carbone (CO), de vapeur deau et d’énergie entre une forêt et latmosphère. Ces mesures sont essentielles pour évaluer la santé des écosystèmes forestiers, et notamment pour déterminer leur capacité à absorber le CO2.

  • Puits de carbone : une forêt en bonne santé stocke généralement le carbone.
  • Stress climatique : en cas de sécheresse ou de maladies, cet équilibre peut s’inverser, et la forêt devenir émettrice de gaz à effet de serre.

Les données de flux aident les chercheurs à mieux comprendre l’impact du changement climatique et à anticiper l’évolution des forêts. D’autant plus que l’enjeu est aussi territorial. Dans la zone d’influence du projet Cigéo, les forêts représentent une part non négligeable de l’occupation des sols. Comprendre leur fonctionnement est donc une nécessité à la fois écologique et économique.

ICOS : le défi des « Ecosystem Stations »

ICOS (Integrated Carbon Observation System) est une infrastructure européenne de recherche dédiée à l’observation à long terme du cycle du carbone et des gaz à effet de serre.

L’OPE a déjà une partie de ses données intégrées au réseau ICOS pour les mesures atmosphériques de la station météorologique d’Houdelaincourt. L’objectif est désormais d’y intégrer le volet « Ecosystem Stations », consacré à l’étude des échanges de CO, deau et d’énergie entre les écosystèmes et latmosphère.

Cette intégration permettrait de comparer le fonctionnement des forêts locales avec celui d’autres sites de référence à l’échelle européenne.