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Fessenheim : anatomie d’un démantèlement

Implantée dans la région Grand Est, la centrale nucléaire de Fessenheim a été définitivement arrêtée en 2020, après quarante-trois années d’exploitation. Le 3 mai 2026, le Gouvernement a publié le décret de démantèlement de la centrale, ouvrant la voie aux opérations de démantèlement. Démontage des équipements, assainissement des structures, gestion des déchets. Comment s’organise l’un des plus vastes chantiers de démantèlement nucléaire français ?

De l’extérieur, difficile d’imaginer que la centrale de Fessenheim a cessé de produire de l’électricité il y a six ans. Bordant le Grand Canal d’Alsace, à quelques kilomètres de la frontière allemande, les deux réacteurs offrent encore aux visiteurs non avertis la silhouette familière d’une centrale en fonctionnement. Pourtant, derrière ses murs, le site a déjà changé de vie : les équipes d’EDF sont à pied d’oeuvre pour la démanteler.

Se préparer au démantèlement

Dès l’arrêt définitif de la centrale, les premières opérations sont engagées pour préparer le démantèlement : le combustible nucléaire est entièrement évacué, ainsi que les produits dangereux nécessaires à l’exploitation des réacteurs. Les circuits primaires sont décontaminés, limitant ainsi l’exposition des travailleurs. Entre 2020 et 2025, le site a conduit un ensemble d’aménagements indispensables pour sécuriser les futures opérations et entrer en phase de démantèlement. À titre d’exemple, le pont de manutention de la salle des machines, autrefois dimensionné pour soulever ponctuellement de très lourdes charges, a été adapté pour manutentionner plus fréquemment des charges plus légères, comme des colis de déchets radioactifs. La gestion des déchets radioactifs constitue justement l’un des enjeux du chantier. Une zone dédiée a ainsi été aménagée dans l’ancienne salle des machines afin de les regrouper, de les conditionner et de les entreposer provisoirement avant leur expédition vers les centres de stockage de l’Andra.

La salle des machines de Fessenheim, en exploitation (à gauche) et après aménagement en vue du démantèlement (à droite)

Démanteler, une succession d’opérations uniques

Une fois le décret de démantèlement publié, le chantier à proprement parler a pu commencer. Il suivra les phases suivantes : 

  • Le démantèlement des équipements électromécaniques : générateurs de vapeur, tuyauterie, cuve du réacteur, etc. Ils sont démontés, découpés et conditionnés pour être ensuite entreposés sur le site avant leur transport vers les centres de stockage de l’Andra.
  • La caractérisation radiologique et chimique des surfaces avant l’assainissement des bâtiments nucléaires : les particules susceptibles d’être présentes sont décollées des parois et filtrées en vue de leur prise en charge selon les filières de gestion de déchets adaptées.
  • Le déclassement de chacun des bâtiments nucléaires fait l’objet d’une approbation par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
  • La démolition des anciens bâtiments nucléaires est réalisée après leur déclassement, tout comme les bâtiments conventionnels lorsqu’ils ne sont plus utiles au démantèlement. Les opérations se terminent par le comblement des cavités et la réhabilitation des sols.

« Le défi d'un démantèlement, c'est d'orchestrer une succession d'opérations uniques. Nous devons littéralement mettre une installation nucléaire en colis de déchets. »

Pierre-Jean Barret, directeur de la centrale de Fessenheim

L'intérieur du réacteur numéro 1, en cours de démantèlement

Le démantèlement de Fessenheim générera 405 000 tonnes de matériaux et de déchets, dont 95 % conventionnels. Il s’agit pour l’essentiel de bétons qui seront réutilisés sur le site comme remblais. Les 5 % restants sont des déchets radioactifs triés et orientés vers les filières de gestion adaptées, selon leur catégorie : plus de 3 % de déchets de très faible activité sont destinés au Centre industriel de regroupement d’entreposage et de stockage (Cires) et environ 2 % de déchets de faible et moyenne activité à vie courte iront au Centre de stockage de l’Aube. Les 0,1 % de déchets de moyenne activité à vie longue seront entreposés provisoirement sur ICEDA, l’installation centralisée d’EDF située sur le site de la centrale du Bugey (Ain), dans l’attente de la mise en service de Cigéo.

Aujourd’hui, les opérations de démantèlement ont déjà débuté dans le bâtiment du réacteur numéro 1, mais il faudra attendre une vingtaine d’années avant que le démantèlement complet de l’installation se termine. C’est la décision de déclassement de l’ASNR pour l’ensemble du site qui retirera la centrale de Fessenheim de la liste des installations nucléaires de base. Un réel défi pour les équipes de la centrale et son directeur, Pierre-Jean Barret, qui mesure ainsi l’enjeu : « Le défi majeur d’un démantèlement, c’est d’orchestrer une succession d’opérations uniques. Nous devons littéralement mettre une installation nucléaire en colis de déchets. » 

Fessenheim sera ainsi la première centrale à réacteurs à eau pressurisée (REP), similaire au parc nucléaire français actuel, à être démantelée. Le site pourra accueillir d’autres activités industrielles. Un nouveau chapitre s’écrira alors…

Les grands chiffres du démantèlement

0 salariés

en moyenne travaillent chaque jour sur le site pendant le démantèlement

0 tonnes

de matériaux et de déchets issus du démantèlement, dont 95 % conventionnels et 5% radioactifs

0 tonnes

de matériaux recyclés depuis la mise à l'arrêt, soit l'équivalent de la tour Eiffel !

Pictogramme centrale nucléaire

Un peu d'histoire

À la fin des années 1960 et sous l’impulsion du CEA et d’EDF, la décision de construire la centrale nucléaire de Fessenheim est validée par le général de Gaulle. Érigée dans les années 1970, la centrale entre en service en 1977. Son exploitation industrielle durera quarante-trois ans, produisant en moyenne chaque année l’équivalent de la consommation d’électricité de la région d’Alsace ! Ses deux réacteurs se sont respectivement arrêtés les 22 février et 29 juin 2020.

Fessenheim : une histoire qui se poursuit ailleurs

L’arrêt d’une centrale nucléaire ne signifie pas que tout ce qui a servi à son fonctionnement devient inutile. À Fessenheim, certains équipements et certaines pièces d’exploitation peuvent ainsi connaître une seconde vie dans d’autres centrales. D’autres matériels, devenus superflus sur le site, sont destinés à former de futurs opérateurs ou à être réutilisés dans des centres de secours.
Le démantèlement lui-même constitue aussi une source d’expérience pour les chantiers à venir. Certains équipements spécifiquement conçus pour les opérations de Fessenheim pourront resservir sur d’autres sites en démantèlement. Des prélèvements ont également été réalisés sur différents matériels et matériaux afin d’étudier leur vieillissement et d’en tirer des enseignements utiles pour le parc nucléaire en fonctionnement.
Cette continuité concerne enfin les femmes et les hommes qui ont fait vivre la centrale. Après son arrêt, les salariés ont été accompagnés pour retrouver un emploi ou s’engager dans une reconversion professionnelle. La moitié du personnel a ainsi rejoint une autre installation nucléaire.

Pour en savoir plus sur les enjeux du démantèlement en France