Aller au contenu principal

Les araignées, nouvelles alliées de l'OPE pour suivre la biodiversité

Avec plus de 5 000 spécimens récoltés et 130 espèces identifiées, l'inventaire mené sur les araignées en 2025 sur le territoire de l'Observatoire pérenne de l'environnement (OPE) révèle une biodiversité méconnue. Au-delà du recensement, cette étude ouvre une nouvelle fenêtre sur le fonctionnement des écosystèmes et leur évolution dans le temps.

Un spécimen d'Asagena phalerata, une des nombreuses araignées retrouvées. © Ludivine Conrad

Lorsqu'on pense à la biodiversité, les araignées ne sont pas toujours les premières espèces qui viennent à l'esprit. Pourtant, elles font de précieuses sentinelles de l'environnement. Présentes dans presque tous les habitats, sensibles aux variations de leur environnement, elles permettent de mieux comprendre l'état et l'évolution des écosystèmes.

C'est dans cet objectif que l'Andra, à travers l'Observatoire pérenne de l'environnement (OPE), a lancé en 2025 un inventaire inédit des espèces d’araignées épigées (c’est-à-dire les araignées évoluant à la surface du sol) présentes sur son territoire. Pendant plus de quatre mois, 36 pièges répartis dans des forêts, des prairies et des cultures céréalières ont permis de collecter un peu plus de 5 000 araignées.

« Nous avons souhaité valoriser des échantillons qui auraient autrement été écartés car capturés de manière involontaire, lors d'une étude menée sur les coléoptères carabidés. Les araignées, comme tous les arthropodes, représentent un groupe particulièrement intéressant pour suivre la santé des milieux dans la durée », explique David Gocel, ingénieur scientifique en environnement à l'OPE.

Les résultats dépassent les attentes : 5 287 individus adultes ont été identifiés, représentant 130 espèces, 68 genres et 22 familles.

« Pour un territoire encore peu étudié d'un point de vue arachnologique, ces résultats montrent une richesse écologique particulièrement intéressante », souligne Ludivine Conrad, entomologiste et arachnologue au sein du bureau d'études O.G.E.

Les pièges "Barber" sont des pièges pour les arthropodes (dont les insectes et les arachnides) marcheurs. © Ludivine Conrad

Au-delà du nombre d'espèces

L'intérêt de l'étude ne réside pas seulement dans le nombre d’espèces identifiées. Les scientifiques ont également cherché à comprendre comment les communautés d'araignées s'organisent selon les milieux et ce qu'elles révèlent du fonctionnement des écosystèmes.

Pour cela, les cortèges d’espèces observés ont été statistiquement analysés à travers plusieurs « traits fonctionnels » : leurs capacités de dispersion, leurs degrés de spécialisation, leurs affinités pour des milieux secs ou humides ou encore leurs modes de prédation. Entre autres.

« L'objectif n'était pas seulement de dresser une liste d'espèces, mais aussi de comprendre comment les communautés d'araignées s'organisent selon les habitats », explique l’arachnologue.

Les analyses révèlent ainsi une nette différenciation entre les milieux forestiers et les milieux ouverts. Elles montrent également qu'un habitat riche en espèces n'est pas forcément celui qui présente la plus grande diversité de fonctions écologiques. Les communautés forestières, par exemple, comptent parfois moins d'espèces que les prairies ou les cultures, mais se distinguent par des combinaisons d’espèces et de fonctions écologiques plus diversifiées, rendant au global des services écosystémiques plus larges.

Les pièges ont été disposés dans l'environnement. Loin les uns des autres, ils ne capturent qu'une petite partie de la microfaune. © Ludivine Conrad

La discrète mygale à chaussette

Parmi les espèces observées figure une invitée de marque : la mygale à chaussette (Atypus affinis), seule mygale présente dans la région. Malgré son nom impressionnant, elle ne mesure qu'environ un centimètre et demi et ne représente, comme toutes les espèces identifiées sur le territoire, aucun danger pour les personnes.

Très discrète, elle vit dans un terrier tapissé de soie dont seule une partie émerge à la surface du sol. Elle y passe l'essentiel de sa vie à l'affût de ses proies.

Sa découverte illustre la richesse parfois insoupçonnée des milieux suivis par l'OPE.

La mygale à chaussette est le seul représentant du groupe des mygales à vivre dans le secteur. © Ludivine Conrad

Un état initial pour les décennies à venir

Cette campagne constitue désormais une référence précieuse pour la connaissance de la biodiversité du territoire de l'OPE. Elle met en lumière la richesse des communautés d'araignées du sol et apporte de nouveaux éléments de compréhension sur le fonctionnement des écosystèmes locaux.

« Les araignées sont d'excellentes bioindicatrices des conditions environnementales. Cette étude nous permet d'acquérir de nouvelles connaissances sur le territoire et complète utilement les autres suivis menés dans le cadre de l'OPE », souligne David Gocel.

Mygale ou araignée ? Une histoire de pièces buccales

Contrairement à une idée répandue, le terme « mygale » ne désigne pas une grande araignée velue. Il correspond à un groupe particulier d’araignées caractérisé notamment par l’orientation de ses chélicères, l’organe masticateur.

Certaines mygales tropicales peuvent être impressionnantes, mais les espèces présentes en France sont beaucoup plus discrètes. La mygale à chaussette (Atypus affinis), observée lors de l’inventaire, mesure seulement un centimètre et demi et passe l'essentiel de sa vie cachée dans un terrier tapissé de soie.