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Une mission qui ne laisse pas de glace : portrait de Natacha Arnould

La cryogénisation, autrement dit la conservation par utilisation du froid, est au cœur du travail de Natacha Arnould, éco-technicienne à l’Observatoire pérenne de l’environnement de l’Andra. Une mission aux multiples facettes que la jeune femme nous fait découvrir avec enthousiasme.

C’est dans le laboratoire de l’écothèque que Natacha Arnould officie avec deux autres collègues dans le cadre de l’Observatoire pérenne de l’environnement (OPE). Véritable bibliothèque aux milliers d’échantillons environnementaux, l’objectif de l’écothèque est de taille : conserver la mémoire de l’environnement sur toute la zone d’observation de l’OPE autour du projet de stockage des déchets radioactifs les plus dangereux, Cigéo, soit 900 km², et ce durant au moins une centaine d’années (période de fonctionnement du stockage).

Préparés puis conditionnés, une partie des prélèvements (sols, céréales, feuilles, branches, etc.) sont conservés comme des livres précieux à la température de 21°C dans des rayonnages. D’autres, de nature variée (faune ou flore), sont conservés dans des cuves cryogéniques en moyenne à -170°C. La cryogénie : un procédé auquel Natacha n’avait pas été formée au départ et qui fait aujourd’hui partie intégrante de son univers professionnel. « À mon arrivée en 2016, après des stages en microbiologie et en laboratoire pharmaceutique, j’ai dû apprendre un nouveau métier ! », raconte-t-elle.

 

Un processus en plusieurs étapes

Sortie d'un rack de conservation d'une cuve de cryogénie

Le processus de traitement des prélèvements est rigoureux. Pour réussir la cryogénisation et garder l’échantillon intact, il est indispensable de bien respecter certaines étapes.

D’abord une étape de préparation qui varie en fonction de la nature des prélèvements : découpage en morceaux puis conservation cryogénique s’il s’agit de fruits ou de légumes frais ; première cryogénisation puis pré-broyage grossier pour les matières liquides comme le lait ou le miel. Ensuite vient leur transformation en poudre fine dans des bols de broyage refroidis (cryobroyage) puis leur mise en flacons. Finalement, ceux-ci sont rangés et stockés dans des cuves cryogéniques à -170°. Chaque prélèvement peut donner à lui seul 200 flacons de poudre cryogénisée, l’assurance de ne pas en manquer pour faire des analyses dans le futur.

Ces savoir-faire successifs, Natacha les maîtrise aujourd’hui de A à Z, y compris la manipulation d’une substance particulièrement délicate : l’azote liquide. Indispensable pour descendre les échantillons à une température de -170° pendant tout le processus cryogénique, son usage nécessite des conditions de sécurité très strictes et une tenue adéquate : masque, charlotte, combinaison, gants en nitrile, ainsi que des gants cryogéniques. « Nous travaillons dans une salle “propre”, c’est-à-dire sans possibilité de “contaminer” les échantillons avec des particules extérieures. Conserver l’information chimique de l’échantillon est essentiel. »

 

Le temps des récoltes

Prélèvement de miel

C’est durant l’hiver (de novembre à février) – période sans récolte – que Natacha, avec ses collègues de l’OPE, procède à la cryogénisation des échantillons prélevés durant la belle saison (de mars à octobre).  À cette période, elle quitte régulièrement le laboratoire pour « battre la campagne ». Une manière de travailler qui suit le rythme des saisons et évite la routine !

Équipée de glacières, de sacs alimentaires et parfois d’un camion spécialement équipé pour garder les échantillons au frais pendant toute la durée du transport, elle effectue, en binôme avec une collègue, des prélèvements dans les environs du projet Cigéo. Direction notamment les exploitations partenaires et les particuliers où les éco-techniciennes deviennent agricultrices, cueilleuses ou apicultrices le temps d’une récolte de fruits, de légumes, de miel, ou encore de lait. Les cours d’eau fournissent des poissons (chevesnes) et en forêt, diverses espèces telles que des mûres.

Pour conserver les prélèvements et durant l’ensemble du processus avant cryogénisation, un seul leitmotiv : le temps. Des montées d’adrénaline en perspective. « Il faut agir vite (dans les 24/48h suivant le prélèvement) en veillant toujours à respecter la chaîne du froid et être organisé. »

 

Objectif mémoire

Armoires de stockage de la pédothèque

À ces tâches variées s’ajoute le traitement des données : recueillir les informations fournies pour chaque prélèvement, renseigner la base informatique pour assurer la traçabilité, effectuer le suivi des données d’une année sur l’autre. « Afin d’observer l’évolution de l’environnement dans ce territoire, les prélèvements concernent les mêmes espèces : chaque année, on récolte des échantillons qu’on prélève de préférence aux mêmes endroits. En s’adaptant bien sûr aux saisons. »

Dans sa mission, Natacha peut compter sur la qualité du matériel dont elle dispose, au sein de l’écothèque, outil exceptionnel de l’OPE, elle-même une infrastructure unique en France. Un « privilège » qui nourrit son enthousiasme et sa motivation à faire œuvre de mémoire pour les générations futures.

 

 

Natacha Arnould... en vidéo

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